Développement durable:
l'économie et l'environnement

L'OMC, le PNUE, et les organismes de développement durable ne peuvent se permettre de travailler isolément.

Pascal Lamy

Pascal Lamy, Directeur général, Organisation mondiale du commerce

Pascal Lamy, qui a occupé le poste de commissaire européen au commerce de 1999 à 2004, est devenu le cinquième Directeur général de l'OMC le 1er septembre 2005, pour un mandat de quatre ans.

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OMC

Le Directeur général de l'OMC parle de la Journée mondiale de l'environnement 2007

Que la Journée mondiale de l'environnement nous rappelle le potentiel environnemental du cycle de Doha.

À l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement, attachons-nous à réfléchir sérieusement à l'empreinte écologique de l'humanité sur la planète. Selon le WWF, depuis 1980, notre empreinte biologique excède d'environ 25% la biocapacité de la Terre, c'est-à-dire sa capacité à se régénérer. En d'autres termes, l'homme transforme les ressources en déchets plus vite que la nature ne peut retransformer ces déchets en ressources. Nos émissions de dioxyde de carbone provenant de combustibles fossiles sont l'élément de notre empreinte écologique qui a le plus augmenté: elles ont pratiquement été décuplées de 1961 à 2003.

Cette année, j'ai participé au Forum ministériel mondial sur l'environnement organisé à Nairobi par le PNUE, à l'occasion duquel L'avenir de l'environnement mondial 2007 a été présenté pour la première fois. J'ai été frappé par la relation étroite que GEO 7 établit entre la santé de notre écosystème, le bien-être humain et le développement économique. Ce rapport met en garde contre le fait que si nous ne relevons pas les défis que sont, par exemple, les changements climatiques et la perte de diversité biologique, ces phénomènes mèneront à la détérioration de la santé humaine et de la base de ressources naturelles dont dépend la croissance économique.

Mais comment le commerce international peut-il contribuer à résoudre ces problèmes? A Nairobi, mon principal message a été de dire que les institutions internationales doivent agir de concert pour compléter leurs politiques respectives. Les organisations internationales, que ce soit l'OMC, le PNUE ou d'autres, ne peuvent se permettre d'agir isolément. Il ne fait aucun doute que le commerce peut aboutir à une répartition plus efficace des ressources - naturelles et autres - sur notre planète. En fait, le Rapport sur le développement humain de 2006 a fourni un exemple très convaincant de ce que le commerce peut accomplir. On nous avait dit que pour que l'Égypte cultive un volume de céréales équivalant aux importations nationales, il faudrait un sixième de l'eau du lac Nasser, le principal réservoir du barrage d'Assouan. Un exemple parlant de la manière dont les échanges commerciaux contribuent à la conservation de l'environnement sans que nous en ayons conscience. Toutefois, pour que le commerce débouche sur une répartition plus efficace des ressources, il doit s'accompagner de mesures adéquates d'où mon appel lancé au PNUE au début de cette année demandant que nous continuions à mettre en commun notre expertise et que nous synchronisions mieux nos politiques.

À Nairobi, j'avais instamment demandé à la communauté des défenseurs de l'environnement de collaborer avec la communauté du commerce pour que le volet environnement du Cycle de Doha ait des chances de succès. Dans le cadre du Cycle de Doha, les membres de l'OMC sont convenus de lancer des négociations environnementales. Ce fut la première fois dans l'histoire des pourparlers commerciaux multilatéraux que de telles négociations étaient lancées et il ne fait pas de doute que la communauté des défenseurs de l'environnement a joué un rôle décisif dans leur lancement par ses appels répétés pour que commerce et environnement se soutiennent davantage mutuellement.

Le volet environnement du Cycle de Doha promet de renforcer le soutien mutuel entre les règles de l'OMC et les accords multilatéraux sur l'environnement, de réduire les subventions aux pêches qui ont une incidence négative sur l'environnement et de libéraliser le commerce des biens et services susceptibles de contribuer à la protection de notre environnement; par exemple les filtres à air et les panneaux solaires qui peuvent nous aider à lutter contre les changements climatiques. Je demande que nous célébrions cette Journée mondiale de l'environnement 2007 en menant ce chapitre à bonne fin. Si ces négociations aboutissent, nous contribuerons à renforcer la volonté des gouvernements de s'attaquer aux problèmes environnementaux et de relever progressivement des défis plus ardus tels que la politique énergétique. Mais si nous échouons, nous renforcerons l'influence de tous ceux pour qui la croissance économique doit se poursuivre sans le moindre contrôle, sans égard pour l'environnement. Que la Journée mondiale de l'environnement nous rappelle le potentiel environnemental du Cycle de Doha.