Genève et le développement durable

Sewerage sanitation
Philippe Roch

Philippe Roch, Ancien directeur de l'Office fédéral suisse de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP)

Originaire de Lancy (canton de Genève), Philippe Roch est docteur en biochimie (Université de Genève - 1977). Il a été député au Grand Conseil de la République et canton de Genève de 1973 à 1981. Il a été successivement responsable romand du WWF puis directeur général du WWF Suisse jusqu'en 1992, année où il a été nommé directeur de l'Office fédéral suisse de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), fonction qu'il a occupée jusqu'en 2005. Il a représenté la Suisse dans de nombreuses négociations internationales.

À la croisée de l'environnement et du développement

L'exemple de l'eau...

L'eau illustre parfaitement l'importance des alliances pour résoudre les problèmes environnementaux mondiaux.

L'environnement est devenu une composante incontournable de tous les grands thèmes de politique internationale, car les ressources naturelles constituent la condition et les limites du développement économique et social.

L'eau illustre bien cette réalité. L'eau est indispensable à la vie et au bienêtre. Selon le Rapport sur le développement humain 2006 du PNUD, 17% de l'humanité (plus d'un milliard de personnes) n'a pas accès à de l'eau potable et 2,6 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires appropriées, c'est-à-dire de toilettes et de système d'adduction d'eau. C'est ainsi que 5000 enfants meurent chaque jour contaminés par de l'eau insalubre.

L'agriculture mondiale utilise 70% de l'eau douce disponible dans le monde, et tous les projets de développement agricole dépendent des ressources en eau. L'industrie ne saurait se passer d'eau, que ce soit pour le processus de fabrication, le refroidissement ou le nettoyage. La mauvaise gestion de l'eau engendre des famines, des migrations et des conflits armés. La gestion rationnelle des ressources en eau passe par le partenariat et la coordination.

Genève offre un lieu unique pour faciliter cette coopération. L'OMS se préoccupe des problèmes sanitaires liés à la pénurie d'eau et aux problèmes de pollution. L'OMM est la grande spécialiste du climat, dont la connaissance est indispensable à la planification agricole et à la prévision des précipitations. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNUNHCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) permettent d'agir au niveau des déplacements de population. Et le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) s'attache à faire respecter le principe de l'accès de tous à l'eau potable.

Genève constitue un point de contact essentiel pour les personnes et les organisations traitant de l'environnement dans la perspective du développement durable.

L'UNITAR organise, avec l'Union interparlementaire (UIP), des cours de formation de haut niveau sur le thème de l'eau, et collabore avec le PNUD à l'élaboration d'une stratégie de l'eau pour l'Iraq. Le PNUE possède une Unité d'évaluation post-conflit à Genève qui étudie les impacts de la guerre sur l'environnement, et s'intéresse de plus en plus à la prévention, par exemple dans le bassin du Sistan, à la frontière entre l'Iran et l'Afghanistan, où la pénurie d'eau est une source de tensions.

Le PNUE gère également à Genève les trois conventions sur les produits chimiques et les déchets, dont les activités sont directement liées à la gestion de l'eau.

D'autres organisations comme le PNUE à Nairobi, l'UNESCO à Paris, la FAO à Rome, la Banque mondiale et le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) à Washington traitent également des ressources en eau. Elles ont toutes une antenne à Genève, où elles trouvent un réseau de partenaires unique.

Genève offre aussi de nombreux partenaires privés aux organisations intergouvernementales oeuvrant dans le domaine de l'environnement, notamment des entreprises multinationales, des organisations économiques et de nombreuses organisations non gouvernementales. Le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et le World Economic Forum servent de passerelles vers un réseau unique d'entreprises, en particulier celles qui sont actives dans le domaine de l'eau.

L'Alliance internationale pour la gestion de l'eau de pluie (IRHA), l'Union mondiale pour la nature (UICN), le WWF International, la Croix Verte, le Centre pour le droit international de l'environnement (CIEL), le Centre International de recherche en droit de l'environnement (IELRC) ou l'Institut international du développement durable (IIDD) figurent parmi les ONG intervenant dans le domaine de l'eau.

Même si je me suis concentré sur l'exemple de l'eau, il en va évidemment de même pour tous les grands thèmes de l'environnement international, comme la biodiversité avec l'UICN, le WWF International et la Convention de Ramsar à Gland, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et l'Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) à Genève - sans oublier le climat, les substances chimiques, la santé, le droit de l'environnement et la gouvernance environnementale.

Genève n'a certes pas l'exclusivité de l'environnement, mais il s'agit tout de même du seul endroit au monde où tant de compétences en matière d'analyse et de gestion de l'environnement se concentrent en un seul lieu. Elle est incontournable pour toute personne et toute organisation souhaitant appréhender l'environnement dans une perspective holistique, sous l'angle du développement durable.