Genève et le développement durable

Dr Katharina Kummer Peiry

Dr Katharina Kummer Peiry
Directrice, Kummer EcoConsult (Suisse)

Mme Katharina Kummer Peiry a travaillé pour l'Office fédéral de l'environnement, a occupé le poste de chef de section, Affaires de l'environnement, au Département fédéral des affaires étrangères, et a collaboré avec le PNUE. Elle est l'auteur de International Management of Hazardous Wastes: The Basel Convention and Related International Rules (1995), et siège à la Commission du droit de l'environnement de l'UICN. Elle enseigne le droit international de l'environnement à l'Université de Berne.

Le point de vue d'un expert

Les trois piliers du développement durable : où en sommes-nous 20 ans après?

une usine

Le défi à relever sera de garantir la stabilité du développement durable en général plutôt que de se concentrer sur l'un de ses piliers en particulier.

Lorsque je suis arrivée aux bureaux du PNUE à Nairobi en tant que jeune juriste suisse nouvellement recrutée, j'ai remarqué des autocollants sur certains meubles de bureau disant «je suis pour le développement durable». N'ayant jamais rencontré cette expression jusque-là, je n'étais pas certaine de bien la comprendre mais j'hésitais à poser des questions, de peur de sembler ignorante. Cela se passait en 1988, un an après la publication du Rapport Brundtland, qui lança un véritable pavé dans la mare. Aujourd'hui, presque 20 ans plus tard, on trouve difficilement un élève du secondaire ou un lecteur de quotidien grand public qui ne connaisse pas ce terme. Il est désormais question de développement durable dans presque tous les discours traitant de l'état de la planète. Un sommet international au plus haut niveau politique et d'innombrables conférences et ateliers ont été organisés pour promouvoir ce concept. Le développement durable fait l'objet de vastes recherches scientifiques, économiques et juridiques, chaque discipline établissant sa propre définition. Cela donne une idée du chemin parcouru en 20 ans - un progrès que nous ne saurions sous-estimer.

Cette reconnaissance élargie est une étape très importante dans la promotion du développement durable mais pas l'étape finale. Dans l'arène politique, les appels à l'action sont - à juste titre - de plus en plus nombreux. Mais face aux événements récents, on se rend également compte que des progrès considérables ont été réalisés. La plupart des entreprises multinationales ont établi une stratégie de durabilité et publient régulièrement des rapports à ce sujet. L'indice de durabilité Dow Jones permet de déterminer les entreprises qui sont les chefs de file en matière de durabilité dans le monde. Alors que des fondations pour un développement durable sont créées et que des prix viennent récompenser les efforts menés dans ce sens, certaines entreprises financent des projets écologiques et sociaux dans le cadre de leurs propres activités: autant de projets qui auraient été impensables il y a 20 ans encore.

L'image la plus couramment utilisée pour décrire le développement durable est celle de trois piliers - environnemental, social et économique - qui, ensemble, soutiennent le toit de l'édifice. Étant donné que le développement durable est né à la faveur de réflexions et de discussions sur l'environnement, nous avons longtemps privilégié le pilier environnemental, considéré comme le plus faible des trois. Compte tenu des progrès substantiels réalisés à cet égard, il s'agit à l'avenir de garantir la stabilité de l'édifice dans son ensemble plutôt que de mettre l'accent sur un pilier spécifique. Il faudra pour cela que des partenariats se créent entre les constructeurs de chaque pilier: les organisations internationales et les organismes gouvernementaux de protection de l'environnement, de protection sociale et de développement économique; les ONG oeuvrant à la réalisation des objectifs liés à l'environnement et au développement; et le secteur privé qui, depuis quelques années, joue un rôle actif aussi dans le renforcement des piliers autres que l'économie.

Tous ceux qui ont déjà essayé de forger un tel partenariat reconnaîtront que ce n'est pas chose aisée. En effet, les organisations internationales, les ONG et les entreprises privées diffèrent par leur cadre institutionnel et par leur manière de communiquer et de travailler, et les préjugés mutuels qui se sont accumulés depuis quelques dizaines d'années n'ont pas disparu. Néanmoins, les très nombreux partenariats établis à Genève pour promouvoir le développement durable sont la preuve tangible que nous sommes réellement en train de passer des paroles à l'action.