Développement durable:
l'économie et l'environnement

Stephan Schmidheiny

Stephan Schmidheiny
Honorary Chairman, World Business Council for Sustainable Development

Industriel suisse, Stephan Schmidheiny a diversifié les activités de l'entreprise familiale au début de sa carrière et, en 1984, il a créé la fondation FUNDES pour encourager la petite et moyenne entreprise en Amérique latine. En 1990, il a été nommé conseiller principal pour les affaires et l'industrie auprès du Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), plus connue sous le nom de Sommet de la Terre de Rio. Pour développer son action, il a créé un forum regroupant de nombreuses grandes entreprises mondiales, qui allait devenir le WBCSD. C'est à lui que nous devons le concept d'éco-efficacité, une forme de mise en pratique des principes de développement durable à l'échelle de l'entreprise. Il est également l'un des principaux auteurs de l'ouvrage collectif Changer de cap: réconcilier le développement de l'entreprise et la protection de l'environnement, publié en 1992 et traduit dans plus de 15 langues.

Les sociétés et le développement

Apprendre de l'expérience

Pour que des partenariats éco-efficaces s'établissent entre les entreprises, les gouvernements et la société civile, il faut que les autorités offrent un environnement porteur.

Ma contribution à cette brochure se différencie quelque peu de celle de mes collègues. Dans les autres articles, vous entendrez surtout parler des alliances, des partenariats et des initiatives de développement durable qui ont été couronnés de succès dans la région de Genève. Il m'a en revanche été demandé de m'attacher aux obstacles que nous avons rencontrés et aux enseignements que nous pouvons retirer de ces difficultés.

Sous l'angle privilégié de 2007, il peut se révéler difficile de comprendre la méfiance que suscitait il y a 15 ans à peine l'idée que le monde des affaires puisse soutenir le développement durable ou le faciliter. Ces doutes émanaient aussi bien des milieux d'affaires que du reste de la société. Bien que les dirigeants d'entreprises qui adhérèrent à ce qui allait devenir le WBCSD aient tous exprimé leur engagement vis-à-vis du développement durable, durant sa première décennie d'existence, le Conseil a travaillé avant tout à convaincre les industriels de l'importance de cette notion et à leur démontrer qu'il existe une relation entre les entreprises et le développement durable.

Les milieux de l'environnement scrutaient les activités des membres, à la recherche de signes d'écoblanchiment - des programmes à connotation environnementale servant à masquer la nocivité écologique de l'entreprise. Leurs critiques ne furent pas toujours justes. Nombre d'entreprises qui s'étaient efforcées de devenir plus éco-efficaces et plus durables subirent de sérieuses attaques des écologistes parce que leurs solutions n'étaient parfaites qu'à 80%, alors que de nombreuses autres industries qui ne se préoccupaient guère de l'environnement s'en sortaient sans blâme.

Je pense toutefois qu'un tel scepticisme est sain. Pour conserver sa crédibilité dans le monde des affaires, le WBCSD doit montrer que l'écoefficacité est axée sur les résultats. Mais le développement doit se faire dans le sens aussi bien de l'environnement que de l'économie. Nos «ennemis», comme certains se sont eux-mêmes désignés, ont joué un rôle non négligeable avec nos partenaires, en rendant possible, depuis 1992, l'adoption d'attitudes, de pratiques commerciales et de politiques gouvernementales axées sur le développement durable.

Il nous reste encore un long chemin à parcourir pour créer les partenariats qui aboutiront au développement durable. Les conditions préalables sont l'éducation, l'utilisation plus efficace des ressources, des formes plus ouvertes de démocratie, et la participation de tous les acteurs de la société au processus décisionnel.

Nos activités en faveur du développement durable reposent sur une prise de conscience: les affaires ne peuvent réussir dans les sociétés en échec. Les entreprises doivent collaborer étroitement avec les gouvernements et les ONG afin que le cadre juridique et réglementaire, et que l'atmosphère dans laquelle il est appelé à fonctionner, aident l'industrie à jouer son rôle essentiel qui consiste à fournir des ressources pour le développement durable. C'est dans cet esprit que le WBCSD a décidé de développer ses activités de plaidoyer. Une initiative visant à trouver les moyens de faire participer les pauvres au processus de développement a abouti à la rédaction d'un guide pratique à l'intention des entreprises, des ONG et des gouvernements souhaitant collaborer avec les personnes se trouvant «au bas de la pyramide économique».

Plusieurs entreprises ont déjà appris à surmonter les obstacles conventionnels. GrupoNueva a appris comment distribuer des produits plus directement sur les marchés des régions pauvres et a organisé un concours pour encourager les idées commerciales innovantes en faveur de ces dernières. Au Brésil, le groupe Suez a trouvé de nouveaux partenaires pour étendre la couverture du réseau d'adduction d'eau aux quartiers défavorisés, Procter & Gamble s'est quant à lui engagé à créer des produits de consommation correspondant aux besoins des plus démunis, Vodafone a mis au point un nouveau système efficace de franchise qui permet à des villages isolés d'avoir accès à des services de téléphone, enfin, de grandes entreprises pétrolières et minières telles que Shell, BP et Rio Tinto introduisent, elles aussi, de nouvelles possibilités commerciales dans les pays et les communautés à faibles revenus.

www.stephanschmidheiny.net