Avant-propos

Achim Steiner

Achim Steiner
Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement

L'Assemblée générale des Nations Unies a unanimement élu Achim Steiner au poste de Directeur exécutif du PNUE le 16 mars 2006. Né au Brésil en 1961, ce ressortissant allemand, titulaire d'une maîtrise de l'Université de Londres, est un spécialiste de l'économie du développement, de la planification régionale, du développement international et de la politique environnementale. En 1998, il a été nommé Secrétaire général de la Commission mondiale des barrages basée en Afrique du Sud, où il a administré un programme international visant à amener les secteurs public et privé ainsi que la société civile à collaborer dans le cadre d'une politique mondiale sur les barrages et le développement. Il a été le Directeur général de l'Union mondiale pour la nature (UICN) de 2001 à 2006.

PNUE

Investir dans la durabilité

La mondialisation est l'un des grands défis de notre époque. Et il ne s'agit pas de savoir si ce phénomène est bon ou mauvais mais si, par des mesures d'incitation et des partenariats, nous pouvons tirer le meilleur parti de la mondialisation en faisant courir un minimum de risque à notre planète et à ses habitants.

Il est facile d'expliquer clairement les menaces qui pèsent sur l'environnement: si l'augmentation du niveau de vie et les modes de production et de consommation non viables venaient à intensifier la pression sur nos ressources naturelles, la mondialisation pourrait se révéler un échec retentissant plutôt qu'un moyen d'améliorer le niveau de vie des habitants de la Planète. La dégradation des services fournis par les écosystèmes représente déjà un obstacle non négligeable à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement liés à la réduction de la pauvreté, de la faim et des maladies. Sur les 24 services essentiels fournis par les écosystèmes - notamment la production de nourriture, la disponibilité et la qualité de l'eau, la régulation du climat et de l'incidence de certaines maladies - 15 font l'objet d'une utilisation non durable et sont en train de se dégrader.

Pour remédier à cette situation, nous devons nous investir davantage dans l'utilisation durable et le maintien des services écosystémiques. Nous devons trouver les moyens de faire évoluer nos méthodes de production, afin que notre consommation effrénée de matières premières et de produits finis cède la place à une conservation et une gestion plus judicieuse des ressources.

Pour autant, les États ne devront pas consentir de gros investissements dans la conservation de l'environnement. Un système de filtrage naturel, par exemple une zone humide, purifie l'eau de manière plus efficace et plus économique qu'un système conçu par l'homme tel qu'une usine de traitement des eaux; une réserve forestière quant à elle recycle rapidement de gros volumes de dioxyde de carbone pour un coût moindre que la gazéification et le stockage des déchets de charbon. Convaincre la société de ces avantages c'est ouvrir la voie aux investissements dans les écosystèmes et cela, pour le bien de tous: l'homme, l'économie et la nature. Le dernier avertissement lancé par le GIEC est un véritable cri d'alarme pour les décideurs: ils doivent prendre position et agir de toute urgence sans pour autant choisir la voie du désespoir. À travers les partenariats et les alliances, l'investissement que nous devons faire dans la durabilité ne doit pas nous coûter de grands sacrifices.

Les entreprises peuvent apporter une contribution essentielle à l'utilisation durable et au maintien des services écosystémiques. Les organisations de développement peuvent veiller à disposer des meilleurs renseignements et avis scientifiques possibles, surtout concernant l'établissement des prix des biens et services naturels, avant d'agir. Les organisations environnementales peuvent s'attacher à collaborer avec les gouvernements, les entreprises et la société civile de manière à fournir des solutions concrètes aux pays qui essaient de lutter contre les fléaux de la pauvreté, de la maladie, de la malnutrition et du sous-développement.

Une planète mondialisée est une planète décentralisée. Pourtant chaque grande ville peut devenir un noeud dans le réseau élargi de la politique internationale. Pour celles et ceux qui vivent et qui travaillent en dehors de la Suisse, cela signifie néanmoins des séjours réguliers à Genève. Beaucoup de nos partenaires sont ici. C'est ici que se rassemblent généralement l'information et l'expertise mondiale. C'est ici aussi que de nombreuses initiatives internationales sont conçues et soutenues. Enfin, c'est souvent à Genève que les programmes mondiaux peuvent bénéficier de la gestion la plus efficace.

Depuis de nombreuses années, la Suisse est au coeur des affaires internationales, et du combat environnemental. C'est ainsi que ce pays a, à divers égards, façonné la Genève moderne que nous connaissons aujourd'hui - une ville qui est et qui restera un élément important de l'impératif mondial du développement durable.

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