Genève et le développement durable

Gro Harlem Brundtland

Gro Harlem Brundtland
Présidente, Commission mondiale sur l'environnement et le développement

Première femme Premier ministre en Norvège, elle a présidé la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, dont le rapport publié en 1987 a abouti à la convocation du Sommet de la Terre en 1992, à Rio de Janeiro. Après trois mandats successifs en tant que Premier ministre, Mme Brundtland a été élue Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé en mai 1998, poste qu'elle a occupé jusqu'en 2003. Son rôle majeur dans la lutte contre le SRAS lui a valu d'être désignée «personnalité politique de l'année 2003» par la revue Scientific American, tandis qu'en 2004, elle était élue 4e personnalité la plus influente des 25 dernières années, par le quotidien économique anglais The Financial Times.

Le Rapport Brundtland: 20 ans après

Un avenir gênant?... Le global est devenu personnel

Our Common Future

Notre avenir à tous, rapport publié en 1987 par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, présentait le développement durable comme un enjeu politique mondial pour les dirigeants de la planète, qui allait bien au-delà des prochaines élections. Nous avions alors demandé franchement aux décideurs de tenir compte des générations à venir dans leurs actions.

Les enfants de 1987 sont devenus adultes. Quel monde leur avons-nous légué et que pensent-ils de leur avenir commun?

Si une seule chose a changé, il s'agit malheureusement de l'aggravation des problèmes qui sont aujourd'hui plus inquiétants qu'hier. Aucun des défis qui avaient alors été mis en lumière n'a été relevé, qu'il s'agisse de la population et des ressources humaines, de la sécurité alimentaire, des menaces qui pèsent sur les espèces et les écosystèmes, de la nécessité de disposer d'une eau salubre et d'une énergie abondante, du rôle et de la responsabilité de l'industrie, des pressions accrues imposées aux ressources par l'urbanisation mondiale, de la gestion des océans et de l'espace, et des menaces que fait peser la dégradation de l'environnement sur la paix, la sécurité et le développement.

En fait, le réchauffement climatique qui ne semblait qu'une menace possible il y a 20 ans pèse aujourd'hui sur notre avenir comme un sombre nuage.

Et la perspective d'épidémies catastrophiques à l'échelle planétaire semble aujourd'hui omniprésente. Je me doutais bien de l'ampleur de la menace lorsque, en ma qualité de Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, je fus confrontée à la flambée du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), un risque sanitaire soudain auquel il fallait faire face rapidement. La réaction immédiate de la communauté internationale témoigne du progrès immense accompli s'agissant de coordonner une action face à un événement qui aurait été aussi lourd de conséquences qu'une famine ou une catastrophe naturelle.

J'espère toutefois que des pressions aussi immédiates sur nos ressources ne nous éloigneront pas des questions à plus long terme que j'ai essayé de placer au coeur de mon mandat à l'OMS: la santé, une question de développement; comment la pauvreté prédispose-t-elle l'être humain à la maladie, et la maladie à la pauvreté; les ravages économiques et sanitaires chroniques causés par le tabac; et la violence en tant que problème central de santé publique. Autant de questions qui sortent du cadre conventionnel de nos organisations et requièrent de ce fait des alliances et des partenariats à long terme entre les organismes «de résolution de problèmes», dans nos sociétés de plus en plus mondialisées. La Genève internationale démontrera sa valeur si elle réussit à mettre en place des alliances et des partenariats rentables, de portée locale et mondiale, qui sauront trouver une résonance dans l'ensemble des acteurs, y compris le grand public.y/

Les changements climatiques devraient nous permettre d'apporter la preuve immédiate de la solidité de notre engagement envers le développement durable. Mais ce défi ne concerne plus seulement les dirigeants politiques. Le film d'Al Gore Une vérité qui dérange a galvanisé l'intérêt du public pour les problèmes scientifiques liés au réchauffement climatique et l'a convaincu de la nécessité d'une action individuelle pour réduire notre empreinte en CO2. Les combats mondiaux et politiques sont alors devenus personnels. Le message de Notre avenir à tous revenait à dire que tout ce que nous pourrions faire pour alléger notre poids écologique sur la planète serait payant pour le développement, la croissance économique et la durabilité de l'environnement. Ce message est toujours d'actualité et, 20 ans plus tard, je trouve réconfortant de voir que les jeunes générations de la planète semblent prêtes à accepter ce qui peut sembler être une vérité qui dérange: les citoyens du 21e siècle, à en juger par les membres des organisations environnementales (souvent plus nombreux que ceux des partis politiques), n'attendent plus de leurs gouvernements qu'ils agissent seuls, en leur nom, pour créer une société plus durable et plus équitable.