Développement durable:
le social et l'environnement

Maria Neira

Maria Neira, OMS

Le Dr Maria Neira dirige le Département Santé publique et environnement de l'OMS.

La santé et l'environnement

Pourquoi faut-il un forum vert pour la santé publique à Genève?

Le Département Santé publique et environnement de l'OMS a lancé une initiative destinée à attirer l'attention sur les liens entre environnement et santé. Elle couvre des risques prioritaires tels que les maladies à transmission vectorielle, l'environnement urbain, la pollution de l'air intérieur, l'eau, les changements climatiques et les substances toxiques. La communauté internationale en fait-elle assez? Mme Maria Neira, de l'OMS, pense que les efforts internationaux pourraient aller plus loin.

Les efforts que nous déployons pour promouvoir un environnement professionnel plus sain illustrent parfaitement l'importance des partenariats. Près de la moitié des habitants de la planète sont des travailleurs - un nombre si élevé que nous ne saurions avoir un effet sur leur santé et sur l'environnement sans nos partenaires. Nous pouvons faire appel à 70 centres de collaboration à travers le monde, traitant des questions de santé professionnelle. Des institutions scientifiques et économiques contribuent à nos activités. Nous entretenons d'excellentes relations avec les groupes de syndicats par le biais de l'OIT et des organisations syndicales, ainsi qu'avec les entreprises par l'entremise de l'Organisation internationale des employeurs (OIE) basée à Genève. Au nombre de nos partenaires en réseau figurent évidemment des membres de l'OMS, par le biais des bureaux de pays - jusqu'aux ministres de la Santé, du Travail et de l'Environnement - ainsi que les réseaux sur la sécurité chimique. Pour citer quelques partenariats officiels, nous contribuons à la SAICM (Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques), au Programme international sur la sécurité chimique, dont les bureaux se trouvent à l'OMS, et au Conseil de concertation pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement (WSSC). En outre, nous organisons régulièrement des tables rondes avec le secteur privé, et avons créé un partenariat avec l'Agence internationale pour l'énergie nucléaire (AIEA), basée à Vienne, sur les problèmes nucléaires et de rayonnement, notamment le groupe d'intervention d'urgence en cas d'accidents dus au rayonnement.

C'est l'une des raisons qui nous a incités à créer un forum au sein duquel nous discutons des questions d'environnement, de santé publique et de développement durable. Genève offre une plate-forme impressionnante de dialogue qui, à mon avis, n'est pas exploitée comme elle le devrait. Outre les organisations rassemblées dans la Maison de l'environnement I et II, Genève abrite nombre de chefs de file des agences spécialisées de l'ONU, de la communauté mondiale des affaires, des ONG internationales et des groupes d'intervention d'urgence.

Le partenariat doit s'étendre des organismes internationaux aux autorités locales.

L'initiative HELI (Renforcer les liens entre la santé et l'environnement) encourage les pays à traiter les liens entre la santé et l'environnement comme faisant partie intégrante du développement économique. HELI soutient les 'services' d'évaluation de l'écosystème par rapport à la santé humaine et au bien-être - des services allant de la régulation du climat à la fourniture/au réapprovisionnement d'air, d'eau, de nourriture et d'énergie et, en général, les conditions de vie et de travail saines. Au nombre des activités d'HELI figurent des projets pilotes par pays et la mise au point d'outils d'évaluation pour étayer la prise de décision. Un Forum organisé à Genève sur ces questions pourrait offrir un cadre efficace à ce type d'activités de partenariat.

Nous estimons que 25% de la charge de morbidité mondiale - le nombre d'années perdues dans la vie des individus par la maladie - est liée à des facteurs environnementaux. Dans le secteur mondial de la santé publique, nous sommes particulièrement préoccupés par la pollution de l'air intérieur par la fumée qui tue chaque année un million et demi de personnes de maladies respiratoires dues à la fumée des combustibles solides d'appareils de chauffage mal ventilés. Toutes les heures, 100 enfants meurent pour avoir été exposés à de la fumée de combustibles solides à l'intérieur des habitations. Qui plus est, la dépendance vis-à-vis des combustibles solides aggrave la déforestation, un processus qui contribue à l'augmentation des gaz à effet de serre. Sur le plan local, la déforestation peut provoquer l'érosion des sols, la pollution des cours d'eau par les sédiments et les débris, la perte de biodiversité, et la transformation des modes de transmission des maladies à transmission vectorielle - autant de facteurs qui ont une incidence sur la santé.

L'OMS a mis sur pied un programme global pour soutenir les pays en développement. Son programme relatif à la pollution de l'air intérieur, mené en collaboration avec le mécanisme interinstitutions UN-Energy, privilégie la recherche, l'évaluation, le renforcement des capacités et la fourniture de preuves à l'intention des décideurs. L'OMS vient de formuler des directives pour la réalisation des analyses coût-efficacité des interventions visant à réduire la pollution intérieure, et a apporté son concours à une étude expérimentale sur les hauts plateaux ruraux du Guatemala. Pour la première fois, un changement a été enregistré dans l'incidence des infections respiratoires aiguës chez les jeunes enfants après l'introduction de fourneaux améliorés.

Ce problème touche tout particulièrement les pays en développement; les causes profondes des problèmes de santé environnementale (et les solutions) dépassent le cadre des activités principales du secteur de la santé - une raison supplémentaire de forger des alliances avec d'autres institutions.

Nous nous rendons particulièrement compte de cela lorsque nous traitons des problèmes qui se posent plus près de chez nous, c'est-àdire à Genève. La pollution urbaine de l'air engendrée par les véhicules, l'industrie et la production d'énergie tue dans le monde environ 800 000 personnes chaque année. HELI collabore avec les autorités genevoises pour encourager le renforcement de l'offre et de l'utilisation des transports publics comme solution pour réduire la pollution due au trafic motorisé. Nos enquêtes auprès du personnel de l'OMS ont fait ressortir deux préoccupations majeures: les voies de raccordement transfrontières de et vers la France laissent à désirer, et le nombre de places de parking en dehors de la ville de Genève est insuffisant. Cette enquête a révélé la nécessité de faire en sorte que les autorités locales de la France et du canton suisse de Vaud aient des discussions entre partenaires.

Bref, un mouvement vert pour la santé publique s'impose. Les personnes chargées des questions de santé, d'environnement, d'industrie et de problèmes comme les transports devraient avoir une plate-forme de dialogue et Genève serait le lieu idéal pour un tel forum.

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