Initiatives

Sally Jeanrenaud

Sally Jeanrenaud, Union mondiale pour la nature

Sally Jeanrenaud est coordinatrice de l'Initiative sur l'avenir de la durabilité de l'Union mondiale pour la nature.

L'Union mondiale pour la nature (UICN)

L'avenir de la durabilité

Union de gouvernements, d'organismes publics et d'ONG, l'UICN est consciente qu'un coup de clairon s'impose pour relier les grandes questions environnementales au développement humain. Elle vient de lancer un débat sur l'avenir de la durabilité.

En 2006 à Zurich, l'UICN a réuni plusieurs personnalités éminentes autour du thème Repenser l'environnement et le développement au vingt-et-unième siècle. L'objectif était de lancer un processus capable d'influer sur les actions à venir des gouvernements, des organismes publics et des ONG oeuvrant en faveur de l'environnement grâce à une déclaration destinée à orienter la conceptualisation de la conservation et du développement durable et à résonner comme un coup de clairon aux oreilles non seulement de l'Union mais également de l'ensemble du mouvement écologiste et de la société. Les conclusions de ces échanges ont été rassemblées par M. William Adams, Professeur en conservation et développement à la faculté de géographie de l'Université de Cambridge, au Royaume-Uni, dans un document intitulé L'avenir de la durabilité (UICN, mai 2006, disponible sur le site de l'UICN).

Les discussions quant aux progrès de l'homme en faveur de la durabilité ont révélé un paradoxe de taille. D'un côté, force est de reconnaître que ces soixante dernières années, une prise de conscience majeure s'est produite quant à l'importance de la durabilité. Au fil des ans, de multiples ministères de l'Environnement ont vu le jour et des lois sur l'environnement ont été promulguées à un rythme sans précédent. Les entreprises, tout comme les individus, sont plus conscientes que jamais des problèmes environnementaux. Une grande partie de ces progrès peut être attribuée à l'UICN qui peut se targuer d'avoir joué un rôle important en la matière. D'un autre côté, comme ne cessent de le montrer les études menées à l'échelle mondiale, l'empreinte écologique de l'activité humaine sur des écosystèmes et des ressources fragiles s'accentue et menace de mettre en péril les milieux vivants nécessaires à la préservation de la vie. Au vu des enjeux culturels, économiques et politiques du 21e siècle, il ressort de ces discussions que le moment est venu de revoir les stratégies adoptées par la communauté en charge de la conservation et de l'environnement pour obtenir plus rapidement des résultats en matière de durabilité.

Conscient que le modèle de développement fondé sur «l'économie de consommation, la voiture à essence et le tout jetable» s'étend désormais à la Chine et à l'Inde, les auteurs du rapport lancent un cri d'alarme: «La Terre se trouve à un point charnière: continuer à se voiler la face n'est plus envisageable». Par ailleurs, comme l'indique Lester Brown, spécialiste en tendances mondiales, chacun s'accorde à reconnaître la nécessité de mettre en place une «économie et une société durables post-combustibles fossiles».

Si les entreprises ont un rôle central à jouer dans cette conception de l'avenir de la durabilité, leur capacité de faire évoluer les pratiques ne doit pas être surestimée. Selon le Professeur Adams, «Les entreprises à elles seules n'ont pas le pouvoir d'amener les changements nécessaires». Et d'ajouter: «Elles ont besoin des pouvoirs publics pour établir des règlements, des spécialistes de la finance pour récompenser les actions en faveur de la durabilité. En fin de compte, ce sont les citoyens qui doivent servir de forces motrices à l'adoption de nouveaux modèles économiques, grâce aux décisions qu'ils prennent en tant que consommateurs. Leur capacité de trouver un équilibre entre leurs intérêts à long terme en leur qualité de citoyens, de parents et de voisins d'un côté, et leurs choix à court terme en tant que consommateurs de l'autre aura un impact décisif sur la possibilité d'évoluer vers une économie mondiale durable.»

En 2006, par l'intermédiaire de son site Internet, l'UICN a lancé une série de débats dirigés en ligne auxquels ont participé 460 de ses membres dans plus de 70 pays. Il est clairement ressorti de leurs observations et de leurs études que les scientifiques et les spécialistes de l'environnement devaient impérativement trouver de nouveaux moyens de sensibiliser de nouveaux publics et groupements afin d'obtenir plus rapidement des résultats en matière de durabilité.

Les solutions à venir en matière de protection de l'environnement doivent aller à l'encontre des scénarios alarmistes caractéristiques d'approches antérieures.

Les concepts et les pratiques relatifs au développement durable seront le fruit d'innovations dans tous les domaines, de l'éthique à l'économie en passant par la communication électronique. Comme l'ont laissé entendre les débats de l'UICN, les changements proviendront:

Nombre de ces innovations ont d'ores et déjà été intégrées dans les programmes et projets conçus par l'UICN et seront développées dans notre prochain plan de programme. Leurs conséquences devraient faire l'objet d'un débat approfondi lors de notre prochaine réunion prévue à Barcelone en 2008, à l'occasion de l'Assemblée générale des membres de l'UICN qui constitue son organe suprême, le Congrès mondial de la nature.

www.iucn.org