Dйveloppement durable:
l'йconomie et l'environnement

Claude Martin

Claude Martin
Conseiller honoraire et Directeur gйnйral du WWF International de 1993 а 2005

Ressortissant suisse, Claude Martin est nй а Zurich en 1945. Il a entamй sa carriиre au WWF au dйbut des annйes 1970, alors qu'il vivait en Inde centrale pour йtudier l'йcologie du Barasingha, un cerf menacй. Il a occupй le poste de Directeur gйnйral du WWF International de 1993 а 2005 et, depuis 2006, il prйside le Conseil international de Suisse pour l'innovation et la durabilitй (ISIS).

Les ONG et les consommateurs

La troisiиme voie environnementale - la certification indйpendante

Les limites des approches rйglementaires pour lutter contre la dйgradation de la nature et les effets limitйs des projets de terrain ont conduit les spйcialistes de l'environnement et les chefs d'entreprise а se tourner vers une troisiиme voie afin de crйer un йquilibre entre les forces du marchй et la conservation: la certification indйpendante.

L'une des expйriences les plus dйcevantes de la conservation et de la protection de l'environnement а l'йchelle mondiale de ces trente derniиres annйes a йtй l'incapacitй de la lйgislation nationale et des traitйs internationaux а lutter contre la dйgradation constante de la nature. Les annйes 1980 ont йtй dominйes par un certain enthousiasme pour une rйglementation renforcйe et plus sйvиre; on ne saurait en effet nier les progrиs accomplis en matiиre de lutte contre la pollution de l'eau et de l'air. Toutefois, au dйbut des annйes 1990, les limites de cette approche devinrent flagrantes. Les lйgislations et les traitйs relatifs а l'environnement ont souvent prouvй leur inefficacitй face а l'impact йcologique de notre consommation croissante de ressources et d'йnergie.

Par exemple, des mesures visant а endiguer la destruction rapide des forкts tropicales, comme le Plan d'action forestier tropical lancй par la Banque mondiale, le PNUD et le World Resources Institute en 1985, n'ont pas rйussi а modifier les conditions-cadres qui conduisent а la destruction. Des traitйs visant а promouvoir une utilisation plus durable de notre patrimoine mondial, notamment les pкcheries maritimes ont, eux aussi, rйvйlй leur inefficacitй.

Bien que le dйbut des annйes 1990 ait йtй marquй par l'adoption, au Sommet de la Terre de Rio en 1992, de deux nouvelles conventions internationales - la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention sur la diversitй biologique (CDB), ainsi que par les progrиs rapides et largement acclamйs du Protocole de Montrйal sur les substances qui appauvrissent la couche d'ozone, en cette йpoque de mondialisation croissante, les forces du marchй ont continuй а faire peser des pressions toujours plus lourdes sur la base des ressources naturelles. La dйforestation des rйgions tropicales s'est ainsi poursuivie а un rythme effrйnй, la production des pкches maritimes a continuй de chuter, et les йcosystиmes d'eau douce ont йtй gravement perturbйs par l'utilisation excessive des ressources en eau pour l'agriculture, ainsi que par la pollution.

Nous avons pris conscience que des problиmes йcologiques d'une telle ampleur ne pourraient jamais кtre rйsolus par une approche rйglementaire et que souvent les projets de terrain, de par leur nature mкme, n'ont que des effets localisйs. C'est alors, а l'йpoque de la Confйrence de Rio, que des ONG commencиrent а envisager une troisiиme voie, une voie qui permettrait de mobiliser ces forces du marchй en faveur du dйveloppement durable.

Auparavant, des ONG avaient fait des efforts en direction des consommateurs et utilisй leur pouvoir d'achat pour introduire des signaux du marchй. Nombre de mesures, largement diffusйes, avaient йtй prises par les producteurs eux-mкmes pour convaincre les consommateurs critiques que leur comportement йtait socialement et йcologiquement responsable. Mais crйer une norme mondialement reconnue, vйrifiйe par un mйcanisme de certification et identifiйe par un label а travers toute la chaоne de responsabilitй, est une entreprise d'une tout autre ampleur.

C'est pourtant ce qu'un groupe d'ONG, sous la direction du WWF International et de quelques producteurs et dйtaillants, ont entrepris de faire pour crйer un instrument de marchй susceptible de promouvoir la gestion durable des forкts. Cette dйmarche a abouti а la crйation du Forest Stewardship Council (FSC) en 1993, qui est devenu le mйcanisme de certification le plus efficace au monde pour les produits forestiers, avec plus de 80 millions d'hectares de zones forestiиres certifiйes. Le Marine Stewardship Council (MSC), une organisation indйpendante mondiale, qui certifie la durabilitй йcologique des pкcheries maritimes, a йtй crйй en 1997 dans le cadre d'un partenariat entre le WWF et Unilever, sur le modиle du FSC.

La certification n'a de sens que si les producteurs et les consommateurs s'en servent rйellement.

Toutefois, crйer un mйcanisme de certification n'a de sens que si l'on trouve des producteurs et des consommateurs pour l'utiliser! Pour le WWF et d'autres ONG, ce fut peut-кtre la leзon la plus difficile а apprendre - se rendre compte que l'existence d'un instrument n'est qu'un dйbut. L'йquilibre entre l'offre et la demande de produits certifiйs exige un suivi constant et des activitйs de promotion et de communication aux deux extrйmitйs de la chaоne d'approvisionnement.

Il existe de nombreux mйcanismes de certification, а des stades plus ou moins avancйs, reposant а la fois sur des normes sociales et environnementales. Force est toutefois de constater que tous les labels ne reprйsentent pas une certification indйpendante. Bien trop souvent, un label constitue en rйalitй une auto-proclamation de «bon» comportement ou d'adhйsion а certains principes (par exemple, ISO 14000). Nous sommes alors bien loin d'un mйcanisme de certification contrфlant rйellement les performances tout au long de la chaоne de responsabilitй, et comportant le retrait du label en cas de non-respect et mкme si la multiplication souvent dйroutante de labels atteste des prйoccupations des consommateurs, la crйdibilitй de chaque label est trиs variable.

Pour une organisation comme le WWF, participer а l'йlaboration de mйcanismes de certification exigeait de multiples relations avec les producteurs et les dйtaillants. Cela dйboucha, entre autres, sur une sйrie de principes relatifs aux partenariats, а une expйrience avec le secteur privй en gйnйral et mкme, en quelque sorte, sur une modification de la philosophie de l'organisation dans le sens d'une coopйration et d'une influence accrues fondйes sur les instruments du marchй.