Alliances entre organisations internationales:
la sécurité

Julia Marton-Lefèvre

Julia Marton-Lefèvre, Directrice générale, Union mondiale pour la nature

Fille de réfugiés politiques hongrois, Julia Marton-Lefèvre a grandi aux États-Unis et a passé la majeure partie de sa vie d'adulte en France, où elle a élevé deux fils qui travaillent aujourd'hui dans le secteur public. Longtemps Directrice exécutive du Conseil international pour la science (CIUS), basé à Paris, elle est devenue par la suite Directrice exécutive de LEAD (Leadership for Environment and Development) International. En mai 2005, elle a été nommée rectrice de l'Université pour la paix, créée en 1980 par une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies. Le campus principal de l'UPEACE se trouve au Costa Rica.

UICN

Construire un dialogue sur la sécurité de l'environnement et le développement

Les thèmes du développement et de la sécurité sont de longue date étroitement liés mais les spécialistes des deux groupes se réunissent rarement. La nouvelle Directrice générale de l'Union mondiale pour la nature voudrait changer cet état de fait.

Pourquoi faites-vous de la paix et de la sécurité l'un des thèmes essentiels de vos quatre premières années à la tête de l'UICN, qui est après tout une organisation plutôt axée sur la conservation de l'environnement?

Quand j'étais au Conseil international pour la science (CIUS) à Paris, je me suis particulièrement appliquée à encourager les scientifiques à dialoguer avec les sociologues sur la manière de concevoir et de mettre en oeuvre le développement durable. Lorsque j'ai travaillé en Thaïlande pour le Peace Corps américain, j'ai pu voir l'impact que le développement pouvait avoir sur un pays fragile. Il me semblait aussi évident que la conservation de l'environnement et la sécurité étaient étroitement liées. Par exemple, comment peut-on se contenter de parler d'approvisionner un village en eau salubre quand les femmes ont peur de sortir chercher de l'eau parce qu'elles risquent d'être violées par les milices qui veulent s'accaparer les ressources de la région? Quand j'ai été recrutée pour devenir rectrice de l'Université pour la paix au Costa Rica à partir de mai 2005, j'ai pensé que cet emploi était une occasion fantastique, non seulement en soi, mais également pour m'informer sur les problèmes de sécurité. Or, j'ai pu constater que les groupes qui s'occupent de développement durable et les spécialistes de la sécurité communiquent rarement entre eux.

Comment peut-on combler le fossé entre ces deux groupes, qui sont tous les deux importants dans la région genevoise?

À plusieurs occasions dans le passé, l'UICN a été un lieu d'échanges utiles sur des questions qui dépassent le cadre de la conservation: sur les barrages, sur le développement et la biodiversité, par exemple. Je pense que nous devons utiliser cette tribune mondiale pour trouver des moyens de vivre ensemble qui offrent davantage de sécurité à tous les membres de la communauté.

L'UICN est un lieu d'échange sur les problèmes de développement qui ne se limite pas à la seule conservation.

En fait, je pense que le mouvement en faveur de la conservation peut être un outil de maintien de la paix très efficace. Je me souviens qu'un jour au Moyen-Orient, une personne m'a dit qu'il serait très difficile d'entamer un dialogue entre les belligérants axé uniquement sur la paix parce que chaque camp se faisait une idée différente des conditions nécessaires pour la rétablir. Cependant, il est possible de mettre tout le monde d'accord en parlant de l'environnement et de sa conservation, m'a-t-elle affirmé. Si vous arrivez à convaincre une personne de discuter avec vous de, disons, la gestion la plus équitable des ressources d'un lac, vous finirez peut-être tous les deux par garantir votre sécurité mutuelle même si vous ne devenez pas amis.

L'environnement est-il réellement un bon point de départ quand on sait qu'un si grand nombre de conflits semblent être liés aux ressources environnementales?

Je ne dis pas que tous les conflits sont liés à l'environnement, mais ils se transforment souvent en lutte pour des ressources environnementales. Les conflits n'opposent pas seulement des pays. Ils débutent dans les familles, dans les communautés. L'UICN explore déjà des moyens de faire face aux conflits liés aux ressources - par le biais d'initiatives de cogestion au niveau local, grâce à des initiatives de gestion au niveau de l'écosystème, et aux Parcs pour la Paix à cheval sur des frontières, ceci avec le concours du WWF-International, de la Fondation sud-africaine des Parcs pour la Paix et de l'Université pour la paix. Mais je pense que l'UICN peut devenir un lieu de rencontre encore plus important pour garantir la sécurité et la paix, et la région de Genève est l'endroit idéal pour lancer cette initiative puisqu'un si grand nombre d'organisations humanitaires y ont leur siège.

www.iucn.org