Avant-propos

Mohammed Valli Moosa

Mohammed Valli Moosa
Président, Union mondiale pour la nature (UICN)

Mohammed Valli Moosa est né à Johannesburg, en Afrique du Sud, en 1957. Licencié en mathématiques et physique de l'Université de Durban-Westville, il a milité contre l'apartheid, ce qui lui a valu d'être emprisonné à deux reprises en 1980 et en 1989. Il a été nommé Ministre des Affaires provinciales et du Développement constitutionnel en 1994 dans le cabinet du Président Nelson Mandela et a occupé le poste de Ministre des Affaires environnementales et du Tourisme de la République d'Afrique du Sud de 1999 à 2004, année où il a été élu Président de l'Union mondiale pour la nature.

IUCN

Économie-Environnement: affaire à suivre

Nous vivons à une époque d'expansion de l'économie mondiale. Le secteur privé est un acteur de premier plan en cette période de développement sans précédent. Le monde des affaires a une responsabilité à assumer dans l'environnement planétaire et les entreprises ne sauraient se contenter d'agir dans le seul but d'éviter les poursuites.

Les spécialistes de l'environnement ont le devoir de défier le monde des affaires et de maintenir leur vigilance affutée. À mon sens, il est désormais nécessaire et possible de mobiliser directement les entreprises, aussi bien dans les salles de conseil et que dans les rues.

Quoi de plus normal pour une organisation internationale à vocation écologique que de s'adresser autant aux milieux d'affaires qu'aux autres membres de la société civile pour faire appliquer les principes du développement durable. L'Union mondiale pour la nature doit largement sa réussite à son pouvoir de rassemblement, cette capacité de réunir des groupes qui ne disposeraient pas forcément d'une autre tribune pour s'exprimer. L'UICN a su trouver un terrain d'entente, par exemple en ce qui concerne les barrages, les droits des populations autochtones des régions minières et la cogestion des ressources locales. Ce n'est que lorsque tous les acteurs de la société participent à la prise de décision que les solutions de développement sont réellement efficaces.

Dialoguer ne signifie toutefois pas craindre la confrontation avec l'industrie, ce qu'ont bien compris nos partenaires. Sir Mark Moody- Stuart, Président de Anglo American plc, a déclaré:

«S'il est un défi pour l'avenir, c'est bien de comprendre comment, tout en défendant certaines frontières qui ne doivent absolument pas être franchies, la mission de l'UICN peut aller de pair avec l'impératif moral de satisfaire équitablement les besoins de l'humanité. Il faudra pour cela user d'imagination en collaborant avec le marché dans des domaines vitaux tels que la conservation marine ou la protection des habitats.»

L'affaire de la conservation consiste à trouver ces moyens de collaboration imaginatifs et novateurs avec les marchés. L'Union conseille les organisations régionales de pêche, soutient le Protocole sur la biosécurité, encourage les micro-investissements dans les services écosystémiques, et collabore avec des organisations telles que le World Business Council for Sustainable Development pour déterminer la «juste valeur» des biens et services provenant de la nature.

En sa qualité d'organisation mondiale, l'Union s'attache à avoir une incidence sur le plan mondial. Mais pour ce faire, elle doit collaborer avec les organisations et les populations qui se trouvent sur le terrain aussi bien qu'avec celles qui se trouvent à portée de main.

Il est utile d'avoir des partenaires à proximité, avec leurs réseaux bien établis au sein de la communauté du développement durable, et qui ont l'avantage d'offrir des synergies et des méthodes rentables très précieuses.

Cela fait bientôt 40 ans que l'UICN s'est installée au bord du lac Léman. Le fait d'avoir son siège dans un pays neutre et réputé pour son impartialité lui a été très utile au fil des ans. Juste au moment où la Suisse souhaite faire de Genève un centre mondial d'excellence pour le développement durable, l'UICN doit remplir une tâche urgente: informer et former la prochaine génération de spécialistes de l'environnement. Le «Campus mondial de la conservation» qu'elle prévoit de créer à côté de son siège, à Gland, pour héberger des organisations partageant les mêmes idées - lui sera fort utile à cet égard. Les enjeux de demain sont peut-être planétaires mais la région genevoise n'en demeure pas moins un lieu idéal pour rechercher les solutions.

www.iucn.org