Initiatives: l'information

James P. Leapes

James P. Leape, Directeur général, WWF International

James Leape travaille dans le domaine de l'environnement depuis plus de 25 ans. Il a débuté sa carrière comme avocat spécialisé dans les questions environnementales et a plaidé en faveur de la protection de la nature dans plusieurs affaires aux États-Unis, avant de devenir conseiller juridique auprès du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Il est également le coauteur d'un texte sur le droit de l'environnement qui fait autorité. Il a rejoint le WWF-États-Unis en 1989 et en a dirigé le Programme mondial de conservation en tant que Vice-président pendant 10 ans. Il a été nommé Directeur général du WWF International en 2005.

L'empreinte suisse

En 1999, la Suisse a inscrit l'objectif de développement durable dans la Constitution fédérale. Elle a ensuite conçu la «Stratégie 2002 pour le développement durable» et mis en place un système permettant de mesurer le développement durable à partir de 120 indicateurs sociaux, économiques et environnementaux (le système MONET). Grâce à ces mesures et à ce nouveau concept, il est apparu que l'empreinte de la Suisse atteint actuellement 4,7 hectares globaux (gha) par personne, alors que la biocapacité du pays s'élève à seulement 1,6 gha par personne, soit un déficit de 3,1. Depuis les années 60, l'empreinte de la Suisse a plus que doublé, le pays ayant de plus en plus besoin d'importer des ressources naturelles pour satisfaire ses besoins de consommation et d'exporter des déchets comme le dioxyde de carbone. En tête de tous les autres facteurs, l'énergie représente les deux tiers de cette empreinte.

www.bfs.admin.ch

Rapport Planète vivante du WWF

Nous vivons au-dessus de nos moyens

Dès sa création en 1961, le WWF International a été lié au monde des entreprises et depuis des années, il travaille en collaboration avec toute une palette d'organisations nationales et internationales dans le but de défendre les principes du développement durable. Or, ces derniers temps, son message a revêtu un caractère encore plus urgent.

Il est dit que l'on ne reconnaît la valeur des choses que dès lors qu'elles disparaissent. Pour ceux d'entre nous qui vivent en Suisse, au coeur d'une nature verdoyante et de paysages alpins somptueux, la douceur de l'hiver et la fonte des glaciers constituent d'ores et déjà des signes inquiétants du réchauffement de la planète. La neige et la glace qui contribuent au charme si particulier de la vie en Suisse sont en train de disparaître à vue d'oeil. Il est de notre devoir d'agir avant qu'il ne soit trop tard.

Nous n'avons jamais été aussi conscients du fait qu'un changement s'impose. Les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le rapport Stern sur les conséquences du changement climatique publié par le Royaume-Uni et le propre Rapport Planète vivante du WWF mettent tous en lumière les risques que nous courons si nous ne parvenons pas à réduire l'impact de l'être humain sur la planète. Selon le GIEC, chacun de nous a sa part de responsabilité dans le réchauffement de la planète. Pour la première fois, le rapport Stern chiffre en détail le coût économique du changement climatique si rien n'est entrepris pour y remédier. Quant à notre Rapport Planète vivante 2006, il décrit les conséquences de nos modes de consommation débridée qui font que nous consommons plus de ressources naturelles que nous n'en disposons, par-delà même les capacités de régénération de la nature.

Le WWF publie le Rapport Planète vivante au rythme d'une fois tous les deux ans depuis 1998. Il a pour objectif de dresser le bilan de santé du monde naturel et l'impact de l'activité humaine sur la biodiversité. Or, ce bilan est aujourd'hui inquiétant.

Le dernier rapport - établi en collaboration avec la Société zoologique de Londres et le Global Footprint Network basé en Californie - met en relief une perte rapide et constante de la biodiversité, avec une diminution de près de 30% sur une période de 33 ans.

En ce qui concerne notre empreinte écologique - c'est-à-dire l'impact de l'activité humaine sur la Terre - la Suisse se classe au 16e rang des plus mauvais élèves au monde et au 10e rang en Europe. Si chaque habitant de la planète avait le mode de vie d'un Européen, il faudrait plus de deux planètes pour répondre à nos besoins en ressources naturelles. En important des biens et des services des quatre coins du monde, nous aggravons notre empreinte écologique et il est de notre responsabilité de réduire son impact.

Toujours selon le Rapport Planète vivante, l'empreinte écologique de l'homme a triplé entre 1961 et 2003. C'est notre mode de production et d'utilisation de l'énergie qui pèse le plus lourdement sur cette empreinte. Pour satisfaire nos besoins en énergie, nous ne cessons d'accroître notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles, à tel point que les émissions responsables du changement climatique représentent aujourd'hui 48% - soit près de la moitié - de notre empreinte.

Pour la première fois, le Rapport Planète vivante de 2006 établit une comparaison entre l'empreinte par pays et l'Indice de développement humain utilisé par les Nations Unies. Or, il ressort clairement de cette analyse que ce que nous acceptons généralement comme «développement élevé» est bien loin de ce que nous entendons par «développement durable». Des pays améliorent le bien-être de leur population tout en contournant l'objectif de durabilité, ce qui, à terme, limitera les capacités des pays pauvres à se développer et celles des pays riches à maintenir leur prospérité.

Si nous tenons réellement à adopter un mode de vie durable - et nous n'avons pas le choix - notre conception du développement doit être revue, à défaut de quoi nous risquons de léguer aux générations futures un monde au visage bien différent et aux ressources décimées.

Pour satisfaire la demande future, les pays industrialisés devront se tourner vers des sources d'énergie exemptes de carbone et renouvelables. Ils devront veiller à construire des centrales, des habitations et des véhicules capables de nous libérer du joug des combustibles fossiles et s'employer à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

En Suisse, où le WWF est présent depuis 1961, les effets du changement climatique peuvent d'ores et déjà être constatés et mesurés. Dans le massif des Alpes, les glaciers perdent 1% de leur masse par an, ce qui signifie qu'à ce rythme, ils auront entièrement disparu avant la fin du 21e siècle. Dans la station de ski d'Andermatt, on essaie de retarder la fonte du glacier Gurschen en le recouvrant d'une couverture le protégeant de la chaleur. Une solution qui ne suffira pas à long terme.

Il est temps de prendre des décisions radicales; les gouvernements comme les acteurs du secteur privé doivent prendre des mesures énergiques. Le WWF s'engage régulièrement auprès des uns et des autres pour trouver des solutions à des problèmes qui concernent chacun de nous. Quant à l'administration fédérale, elle a complété le Rapport Planète vivante de 2006 par une étude sur l'empreinte écologique du pays et diverses mesures.

Une douzaine de grandes sociétés - y compris le groupe Tetra Pak, basé en Suisse, dans le cadre de ses opérations en Suède - ont rejoint le Plan d'action Climat du WWF, s'engageant à appliquer des mesures pour réduire par millions de tonnes les émissions de dioxyde de carbone. Sur le site www.footprint.ch/, les internautes peuvent calculer leur propre empreinte écologique grâce à un projet en ligne hébergé par le WWF Suisse et parrainé par EWZ, le fournisseur d'énergie électrique de la ville de Zurich. Quelque 280 000 visiteurs se sont déjà rendus sur ce site.

www.panda.org