Alliances entre organisations internationales:
le commerce

Le commerce de l'ivoire est l'une des questions les plus controversйes dont traite la CITES.

Willem Wijnstekers

Willem Wijnstekers Secrйtaire gйnйral, CITES

Willem Wouter Wijnstekers occupe le poste de Secrйtaire gйnйral de la CITES depuis le 29 janvier 1999. En 1978, M. Wijnstekers avait йtй nommй responsable de la lйgislation relative а la commercialisation des espиces sauvages auprиs du Directorat gйnйral Environnement, Sйcuritй nuclйaire et Protection civile de la Commission europйenne, aprиs avoir travaillй 10 ans dans le secteur privй et quatre ans dans l'administration nйerlandaise. Il est l'auteur d'un ouvrage trиs bien accueilli intitulй The Evolution of CITES.

CITES

Une collaboration entre les autoritйs et la sociйtй civile

La CITES n'est pas un traitй dont le but est d'interdire toute forme de commerce de flore et de faune sauvages. Elle ne couvre pas non plus toutes les espиces menacйes. En fait, un numйro rйcent du bulletin de la CITES donne la liste de 10 malentendus courants concernant la CITES et tente d'expliquer simplement quel est rйellement le rфle de cette organisation administrйe par le PNUE.

La Convention sur le commerce international des espиces de faune et de flore sauvages menacйes d'extinction (CITES) est un accord international liant des gouvernements. Elle a pour but de s'assurer que le commerce international de spйcimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas leur survie. Il s'agit donc d'un instrument de droit international qui porte а la fois sur le commerce et la conservation.

Aujourd'hui, la Convention couvre plus de 30 000 espиces d'animaux et de plantes, quelle que soit la forme que prend leur commercialisation: spйcimens vivants, manteaux de fourrure ou herbes sйchйes. La CITES protиge approximativement 5000 espиces d'animaux et 28 000 espиces de plantes contre la surexploitation. Selon les estimations, ce commerce international s'йlиve а plusieurs milliards de dollars par an et englobe plus de 250 millions de plantes et d'animaux.

La CITES est le fruit d'une collaboration et d'une alliance entre des Йtats et des organisations de la sociйtй civile. Elle a йtй rйdigйe pour faire suite а une rйsolution adoptйe en 1963 lors d'une rйunion des membres de l'Union mondiale pour la nature (UICN). Le texte de la Convention a finalement йtй adoptй lors d'une rйunion des reprйsentants de 80 pays а Washington le 3 mars 1973, et la CITES est entrйe en vigueur le 1er juillet 1975.

Aujourd'hui, l'Objectif 5 de notre Vision stratйgique vise а «renforcer la coopйration avec nos partenaires internationaux et conclure des alliances stratйgiques avec eux». Le Secrйtariat a conclu un certain nombre d'accords de coopйration gйnйrale avec d'autres organisations et il reзoit des fonds de tout un йventail d'organisations qui recouvrent plusieurs de ses domaines d'activitйs.

En vue de la Confйrence des Parties а la CITES (CdP14), qui se dйroulera en juin а La Haye (Pays-Bas), le Secrйtariat de la CITES a reзu prиs de 40 nouvelles propositions de gouvernements visant а amender les rиgles du commerce; par rapport aux rйunions prйcйdentes, un nombre plus йlevй de ces propositions porte sur des espиces de grande valeur provenant des ocйans et des forкts. Cette tendance confirme que de nombreux gouvernements considиrent aujourd'hui la CITES comme un outil essentiel pour sauvegarder l'avenir йcologique et commercial de pкcheries et forкts productrices de bois dont l'importance est primordiale.

L'un des problиmes qui revient rйguliиrement aux confйrences de la CITES donne toute la mesure du partenariat qui a йtй йtabli entre les Йtats et les organisations de la sociйtй civile. La CITES a interdit le commerce international de l'ivoire en 1989. En 1997, constatant que certaines populations d'йlйphants d'Afrique australe йtaient saines et bien gйrйes, elle a autorisй le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe а vendre un lot de 50 tonnes d'ivoire au Japon. La vente est intervenue en 1999 et a rapportй environ 5 millions de dollars. En 2002, la CITES a acceptй en principe d'autoriser une seconde vente de 60 tonnes d'ivoire en provenance de l'Afrique du Sud, du Botswana et de la Namibie.

La condition йtait qu'un programme MIKE de la CITES (abrйviation anglaise de «Suivi а long terme de la chasse illicite а l'йlйphant») puisse rйunir des donnйes а jour et complиtes sur les populations d'йlйphants, qui permettent de mesurer avec un bon degrй de certitude tout changement dans le taux d'abattage illicite.

Par ailleurs, le Systиme d'information sur le commerce de produits d'йlйphants (ETIS) est, comme son nom l'indique, un systиme d'information complet qui permet de signaler les cas de commerce illicite de l'ivoire et des autres produits de l'йlйphant et de fournir des informations aux Parties sur les saisies et les tendances du commerce illicite. L'ETIS est gйrй par TRAFFIC, un programme commun de l'UICN et du WWF, au nom des Parties а la CITES. ETIS et MIKE fournissent aux Parties des informations leur permettant de prendre des dйcisions йclairйes dans le cadre de la CITES.

Cependant, en 2006, le Comitй permanent de la CITES a renoncй а autoriser les ventes, jugeant que les donnйes de base rйunies grвce а MIKE йtaient incomplиtes. Il a donc йtй dйcidй de rйexaminer la question lors de la rйunion suivante du Comitй, juste avant la 14e Confйrence des Parties (CdP). La CITES a йgalement prйvu une rйunion des Йtats des aires de rйpartition de l'йlйphant avant l'examen des propositions а la Confйrence des Parties. Les efforts visant а йtablir une base scientifique pour la prise de dйcision n'ont pas encore abouti, mais le principe selon lequel un cadre scientifique doit йclairer toute dйcision relative au commerce d'espиces sauvages est au coeur des prйoccupations de la CITES.

La CITES fixe aujourd'hui les rиgles du commerce international de plus de 30 000 espиces animales et vйgйtales.

Au niveau du commerce de dйtail aussi, la dйcision du public d'acquйrir des animaux, des plantes sauvages ou des objets fabriquйs а partir de ces animaux ou de ces plantes, dйpend des informations prйcises auquel il a accиs sur la lйgalitй de l'achat, de la possession du spйcimen ou du produit en question, et de l'impact de l'achat sur sa conservation. Bien trop souvent, les campagnes recommandant de ne pas acheter certains produits ne font pas suffisamment la diffйrence entre commerce illicite et commerce licite.

La commercialisation des espиces sauvages ne menace pas nйcessairement leur survie. Plus de 95% du commerce mondial de spйcimens inscrits а la CITES portent sur des espиces qui ne sont pas menacйes d'extinction et dont le commerce international est autorisй. Cependant, les brochures sur le commerce des espиces sauvages sont souvent tellement gйnйrales que le public pense que tout commerce de spйcimens tels que les perroquets, les sacs а main en crocodile ou les bijoux en ivoire est interdit. Il serait trop long d'expliquer ici pourquoi la rйalitй est autre et dans quels cas le commerce est autorisй. C'est la raison pour laquelle, lors des prйparatifs de la CdP de 2007, nous avons tenu а lever les malentendus dans notre bulletin CITES World et а examiner les difficultйs et les expйriences de nos partenaires nationaux concernant la promotion de la CITES auprиs de leurs concitoyens.

www.cites.org